Les nouveaux afrontement économiques entre nations – Jean-Pierre Estival

La guerre économique se prépare entre grandes nations regroupées souvent en blocs de nations .Les acteurs en sont connus et bien identifiés :

- d’une part,  les puissances  planétaires  que sont désormais  la Chine, le Japon, l’Inde, la Russie, l’Amérique latine, les Etats-Unis et l’Union Européenne. La lutte pour la conquête des marchés et la sécurisation  des approvisionnements en produits de base- dont la quantité est limitée au niveau mondial-  constituera, en l’absence de gouvernance mondiale,  le fondement de la guerre économique de demain. Chacun de ces ensembles est en train d’affiner  ses stratégies, en tenant compte de ses avantages mais aussi de ses points faibles et de ses  handicaps, qu’il conviendra alors  de compenser. Chaque puissance ou groupe de puissances  n’est pas exempt de points faibles.

- d’autre part,  les grandes multinationales, celles  déjà connues  des pays du Nord dont les stratégies mondiales vont désormais se heurter aux prétentions et aux intérêts des nouvelles entreprises géantes des pays du Sud, désireuses  elles aussi de s’investir sur le  marché mondial. Rien ne pourra empêcher le choc violent  de ces intérêts, d’autant que,  souvent, ces grandes entreprises constituent  le bras armé  de leur pays d’origine, à commencer dans  les pays à capitalisme d’Etat  ou dans ceux  qui pratiquent déjà une politique nationale  de  sécurité économique.

Le continent asiatique va voir déjà s’affronter les trois géants que sont la Chine, l’Inde et le Japon, non seulement pour la conquête des marchés  mais aussi pour celle des matières premières, des ressources  énergétiques et des produits agricoles dont leurs populations et leurs industries ont tant besoin. Le défi lancé au reste du monde est proportionnel à la taille des  populations concernées. Ces pays, incapables de nourrir leurs populations par eux-mêmes, sont en train d’inventer un nouveau colonialisme vert  dans le but d’accaparer les terres arables des pays émergents. Pour sécuriser ses approvisionnements en ressources énergétiques et matières premières, la Chine a déjà pris les devants, en multipliant de par le monde  son offre de coopération et de liquidités contre la  fourniture des ressources dont elle a  besoin. L’Inde et le Japon suivront, tandis que les routes terrestres et maritimes empruntées par ces flux sont en train d’être sécurisées et militarisées, à commencer par celles de l’Océan Indien qui, comme l’a remarqué Robert KAPLAN, va constituer le nouveau champ de bataille du XX ième siècle, car il  se situera au centre des conflits géostratégiques de demain, et sera traversé par toutes les plus importantes  routes  maritimes commerciales.

La Russie, humiliée depuis 1990, a trouvé dans ses ressources naturelles une arme efficace pour imposer l’hégémonie qu’elle avait coutume d’imposer autrefois  par les armes. Non seulement sa stratégie est désormais orientée contre celle des Etats-Unis, mais elle a aussi pour dessein de dominer une Europe trop dépendante en hydrocarbures. Par l’intermédiaire de multinationales géantes dont elle assure la maîtrise, la Russie est partie déjà à la conquête du monde, en multipliant ses contrats, en jouant l’approvisionnement de l’Europe contre celui de l’Asie, tandis que ses intérêts financiers contrariés par la crise économique la  poussent toujours plus vers une alliance avec l’OPEP et vers la création d’une structure identique en matière de gaz.

L’Amérique du Sud est parvenue  à recouvrer son indépendance économique, longtemps après avoir conquis son indépendance politique, tout en se faisant l’interprète d’une nouvelle doctrine de développement.  Le sous-continent ne sera plus jamais le pré-carré des intérêts des puissances occidentales qu’il a été. Il n’a pas hésité à proclamer violemment sa souveraineté économique sur l’ensemble de ses richesses naturelles canalisant désormais les ambitions des multinationales qui avaient pris l’habitude de travailler en terrain conquis. Pour affirmer sa puissance, le sous-continent s’est structuré sur la base de plusieurs  marchés où circuleront  librement les hommes, les marchandises et les capitaux, tandis que le Brésil, par son potentiel démographique et économique,  émerge désormais comme un futur géant planétaire avec qui il va falloir compter. Ses richesses naturelles aiguisent aussi  les convoitises des autres grandes puissances. Pour contrer les intérêts économiques des Etats-Unis, le sous-continent n’a pas hésité à multiplier les contrats de coopération avec la Chine et  la Russie, augmentant ainsi la dangerosité de cette région du globe  où s’opposent de plus en plus les velléités de la Chine, de la Russie d’un côté, et celles des Etats-Unis et des puissances occidentales de l’autre.

Les Etats-Unis, malgré leur résilience légendaire, sortiront diminués de la crise grave qu’ils ont contribué à créer avant de la propager dans le monde. Leur crédibilité en sera fortement affectée. Ils  ne retrouveront pas leur statut initial d’hyper puissance unique régnant sans partage dans un monde unipolaire qu’ils dominaient sans peine. Le monde nouveau qui sortira de la crise  sera  multipolaire. Il leur faudra désormais partager le pouvoir pour la gouvernance du monde, et ceci ne se fera  pas sans mal. La Chine avec qui elle est liée sur le  plan économique commence à amorcer une stratégie  de distanciation, lente mais certaine, en diversifiant ses ressources de change, en demandant un recours croissant aux droits de tirage spéciaux ( DTS) du FMI, lesquels jouent le rôle d’unités de compte. Mais, comme les Etats-Unis détiennent la majorité au sein du FMI, il est vraisemblable qu’ils s’opposeront aussi bien  aux exigences chinoises qu’à une réforme de cet organisme. L’assainissement financier sera lent. Cela compliquera le règlement de la couverture de  leurs déficits jumeaux, règlement sans cesse reporté à des jours meilleurs. Par ailleurs, le dollar sera de plus en plus confronté à  l’euro, lequel va  lui disputer le rôle de monnaie unique de réserve et de transaction. C’est ce  nouveau monde que l’Amérique  va devoir  affronter, un monde qui ne lui sera plus soumis, d’autant que ses relations économiques avec la Russie et la Chine sont appelées, à terme, à devenir conflictuelles. Sa stratégie de rupture en matière de  dépendance  de ressources énergétiques, appelée stratégie de  Manhattan II, va l’amener à se distancer progressivement  des pays producteurs du Golfe, ce qui rapprochera ces anciens alliés  des autres grandes puissances, dont certaines sont des  rivales affirmées des Etats-Unis. De nouveaux conflits d’intérêts sont à attendre.

L’avenir de l’Europe communautaire s’avère très ambigu. Déjà handicapée par son déclin démographique, l’Europe risque d’être rayée du groupe des grandes puissances mondiales. Son projet économique  est très peu lisible,  quand on sait qu’elle est  sans cesse déstabilisée par l’absence de politique économique et industrielle commune, par  l’absence de politique énergétique commune, par l’essor des égoïsmes nationaux mis en exergue par la crise actuelle, par des performances contrastées  et des divergences idéologiques profondes, notamment entre pays de l’Ouest et de l’Est du continent.  Dans l’impossibilité qu’elle est de faire surgir des champions économiques  européens au niveau mondial, elle semble plus condamnée à subir qu’à agir. Il se pourrait que son inaptitude intrinsèque à se comporter comme une future grande  puissance  économique l’oblige à se diluer à terme  dans un grand ensemble transatlantique qui remettrait les Etats-Unis en position de leadership. C’est ce dont rêve secrètement les Etats-Unis qui se sont complus à exacerber les oppositions antre les anciens et les nouveaux membres de l’Union et à déconsidérer l’euro.  Alors,  le monde multipolaire pourrait devenir à terme  un monde bipolaire où les Etats-Unis et la Chine seraient désormais face à face, la Russie étant reléguée au statut de puissance et non d’hyper puissance. Cette bipolarisation du monde n’en serait que plus dangereuse.

Quant à l’Afrique,  dont les richesses naturelles seront convoitées de toutes parts, elle risque de devenir le champ de bataille où les grandes puissances viendront s’affronter pour la maîtrise des produits de base nécessaires à leur économie. Cette bataille a déjà commencé, non seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine.

Sur la scène mondiale, les puissances pourront compter sur l’appui de leurs multinationales planétaires qui constituent la prolongation de leurs intérêts et de leurs ambitions. Certaines leur sont soumises et constituent le fer de lance de leur diplomatie.  D’autres resteront protégées par le cordon protecteur de la doctrine de sécurité économique nationale qui éloignera leurs concurrents potentiels, voire leurs prédateurs. Par ailleurs, certaines de ces entreprises géantes, sont devenues assez fortes pour  infléchir la politiqué de leurs nations, par le jeu occulte d’intérêts et d’une politique d’influence.

La bataille peut commencer

. lesnouvveauxaffrontementsconomquesjpestival.jpg

Editions L’Harmattan

 

NOS PORTUGUESES SOCIALISTAS... |
Politiquement |
Le Parti de la France en Li... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | MoDem Mulhouse
| L'Atelier Radical
| Saisir le Présent, Construi...