Le marché mondial des ressources : la guerre fait rage – Jean-Pierre Estival

 Malgré les préconisations du Club de Rome, qui, il y a plus de trente ans, avait appelé à une utilisation moins intensive des ressources mondiales jugées déjà limitées, le mot d’ordre a été, pendant les trente glorieuses et après, la maximisation de la croissance pour lutter contre le sous-emploi. Cela a été rendu d’autant plus facile que la plupart des nations occidentales, pendant cette période, bénéficiaient des richesses inconsidérées de leurs anciennes possessions. Le monde s’était ainsi assoupi dans le rêve d’un monde aux ressources naturelles abondantes voire pérennes.

Ce rêve s’est brisé. Les chocs pétroliers qui se sont succédés depuis 1970 ont révélé au monde combien les ressources énergétiques fossiles étaient devenues rares, au même titre que la plupart des minerais nécessaires au processus industriel. Le monde, dans l’urgence, a enfin compris qu’une croissance qualitative s’avérait nécessaire. Cette prise de conscience s’est produite au moment où de nouvelles hyper puissances en formation (BRIC) sont venues à leur tour réclamer leur part dans la répartition des ressources naturelles mondiales. Les puissances occidentales se sont senties, pour la première fois de leur histoire, fragilisées.

  Une telle configuration ne peut qu’alimenter des tensions sur les marchés mondiaux, tensions qui peuvent devenir géopolitiques, et se transformer en affrontements en l’absence de gouvernance mondiale. Parallèlement à cela se sont développés dans de nombreux pays émergents une conscience patriotique et un nationalisme économique insoupçonnés, tandis que la Russie, plus grand dépositaire de ressources naturelles mondiales, a transformé la gestion de ses ressources en une arme de guerre au service de sa puissance.

Au même moment, l’apparition de famines sans précédent est venue nous rappeler aussi que la question de la faim dans le monde n’était toujours pas correctement résolue et que la transformation de pays émergents en producteurs de mono produits essentiellement orientés vers l’exportation, au lieu et place de productions vivrières destinées à alimenter les populations autochtones, s’avérait un véritable fiasco. L’agriculture est devenue pour certains un ‘’green power’’ pour lequel aucune concession ne peut être faite. Ces crises de famine se sont produites au moment où, dans l’autre partie du globe, se propageait une crise financière sans précédent : absence de richesses et de liquidités d’un côté, gaspillage de valeurs et de richesses de l’autre, tel est le visage angoissant qu’offre notre monde depuis 2007. Ce monde dual parcouru par une fracture de plus en plus profonde et visible est susceptible de déboucher sur une instabilité importante et pérenne, source de futurs conflits.

L’Afrique, par la diversité de ses ressources, est appelée à devenir le prochain champ de bataille du monde, tout comme l’Océan Indien où transitent désormais les plus importants flux de ressources naturelles, à commencer par les ressources énergétiques. La Chine ne s’y est pas trompée qui, inlassablement, sécurise ses approvisionnements et les routes empruntées par ces derniers, tout en développant parallèlement sa force militaire. Le Venezuela, le Brésil, ainsi que d’autres pays latino-américains, commencent à s’armer aussi pour préserver leurs ressources tant convoitées. En absence de gouvernance économique mondiale la maîtrise des ressources naturelles du monde peut, à tout moment, alimenter un conflit mondial.

Editions L’Harmattan 

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